Aaah, le Joker. Beaucoup d'entre vous penseront à Heath Ledger, d'autres à Jack Nicholson, d'autres encore auront des souvenirs de la fameuse série d'animation qui a accompagné la jeunesse de toute une génération (dans la version originale, le Joker possède même la voix de Mark Hamil, preuve de classe s'il en est).
Mais il est très important de ne pas oublier son format original, le comic. Car c'est là qu'il a le plus la classe notre Joker, l'immortel, le criminel, plus manipulateur et sensationnel que dans n'importe quel autre format. Et c'est aux mains des plus grands auteurs qu'il prend toute sa splendeur. L'auteur phare des années 80, Alan Moore, lui a d'ailleurs offert sa plus grande histoire : The Killing Joke. De l'avis du plus grand nombre, le Joker de Moore n'a jamais été égalé depuis. Du moins... jusqu'à aujourd'hui.
En octobre est sorti aux Etats-Unis Joker, roman graphique signé Brian Azzarello pour l'histoire, Lee Bermejo pour le dessin. Cette équipe était déjà responsable de Lex Luthor : Man of Steel (critiqué ici même) et plus récemment du Joker's Asylum centré sur le Joker. Chacune de ces histoires fait preuve d'une narration brillante et d'une histoire particulièrement appréciable, d'autant plus que le style pour le moins original de Bermejo rend ces œuvres difficilement oubliables.
L'histoire du Joker ne se centre étrangement pas sur lui mais sur Frost, un bad guy du bas de l'échelle qui va se lier avec le Joker. On croisera cependant des visages connus comme Harvey Dent, Harley Queen ou encore The Riddler (toujours classe, mais toujours antipathique pour moi) ; on suivra donc Frost qui joue les hommes de main de son guide pour l'aider à reconquérir tout le pouvoir perdu durant son séjour à l'asile d'Arkham dont il vient d'être libéré. Les yeux du narrateur passeront de l'incompréhension à l'admiration, avant de finir dans une terreur sans nom face à la folie du Joker (ou plutôt à sa non folie, vu sa lucidité sur ses actes et le monde qui l'entoure).
Comme dans le fameux Arkham Asylum de Grant Morrisson, Batman est notable par sa quasi absence, mais sa seule apparition mérite à elle seule le détour, tant la scène de fin est cinématographique et mériterait d'être portée sur grand écran.
Tout est magnifique dans ce Joker, il est beau, insaisissable, incontrolable, on se laisse trainer jusqu'au fond du gouffre avec un plaisir délectable et on a au final qu'un seul regret, 128 pages ne sont pas suffisantes pour rendre honneur aux personnages et à l'histoire que nous offrent Azzarello et Bermejo. Chapeau bas d'ailleurs au dessinateur; surtout pour les pages colorisées par lui-même tant son style inimitable subliment le livre et le mélange de réalisme et d'horreur fonctionne.
Bref, si vous êtes capables de lire l'anglais, foncez et achetez Joker, sinon attendez février pour la sortie francaise, quoi qu'il en soit ne loupez pas cette perle.
Note de The Lords of the Geeks: 20/20
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